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LE PRINCE ET LE DRAGON |
jour, le roi, son père, lui dit : " Mon fils, tu es maintenant
en âge d'accomplir des exploits. Dans ce royaume, même les souris
ne peuvent manger à leur faim, tu dois partir pour trouver le moyen de
nous ramener le bonheur et l'abondance. "
Le jeune homme partit donc avec pour seul compagnon son cheval et pour seule amie Grigri, une petite souris qu'il nourrissait depuis le jour où toute tremblante de faim, elle était venue se réfugier au Palais.
Le prince avait entendu dire, qu'un vieil ermite très sage et très savant vivait au fond de la forêt. Il décida de lui rendre visite. Après deux jours de marche, il découvrit une vieille cabane, à moitié cachée sous les feuillages d'un énorme chêne. Devant la porte, le vieil homme était assis, sous un rayon de soleil. Sa longue barbe blanche traînait presque par terre. Bien que le prince n'eut pas fait de bruit, la sage homme, sans ouvrir les yeux lui dit : " Qui es-tu donc, toi qui ose approcher de ma retraite ? Ne sais-tu pas que tous ceux qui viennent ici se perdent quand ils s'en veulent retourner ? "
- Je cherche le bonheur et l'abondance, répondit le prince, peux-tu m'aider ?
- Pourquoi t'aiderais-je, répliqua l'ermite en ouvrant les yeux, pourquoi te donnerais-je à toi ce que tout le monde veut ? Tu n'as pas l'air malheureux, débrouille-toi, je n'ai rien à te donner.
- Donne au moins à manger à cette souris, dit le jeune homme en sortant Grigri de sa poche, le royaume est si pauvre que je n'ai pu trouver depuis deux jours de quoi la nourrir.
Alors, le vieillard sortit de sous sa barbe un beau fromage qu'il tendit à Grigri. Quand Grigri eut bien mangé, de ses petites pattes, elle fit rouler le reste du fromage jusqu'aux pieds du prince qui lui non plus n'avait pas mangé depuis deux jours.
L'ermite éclata de rire et dit : " Prince, je te trouve bien jeune pour réussir là où tant d'autres ont échoué, mais voici une indication : tu trouveras de l'autre côté de la forêt une haute montagne dominée par un dragon. C'est lui qui a fait tomber le malheur sur les royaumes. La bonne fée, qui vient parfois à moi en rêve, m'a dit que celui qui vaincrait le dragon deviendrait le maître des deux royaumes. Mais il est rusé et méchant, méfie-toi de lui !
Le prince repartit plein de courage à travers la forêt, lançant son cheval au galop sous les feuillages. Il ne faisait halte que quelques heures pendant la nuit. Après deux jours entiers, il arriva enfin au bout de la forêt. L'énorme montagne lui apparut, sans végétation, plus sombre que la nuit qui commençait à tomber. Le prince décida de rester là pour cette nuit car son cheval était fatigué : il aurait bien besoin, le lendemain matin, d'un bon petit déjeuner aux herbes et aux fleurs des bois, s'ils arrivaient à en trouver !
Au petit matin, le prince fut réveillé par les oiseaux, ce qui l'étonna fort. En effet, le royaume de son père était si pauvre que l'on n'y entendait plus le chant des oiseaux depuis longtemps. Peut-être, vais-je pouvoir enfin manger une bonne petite caille ou un ortolan, se dit-il. Grigri et le cheval était déjà en train de prendre leur petit déjeuner de fleurs des bois auprès d'une belle dame aux cheveux d'or. Les oiseaux voletaient autour d'elle et se posaient de temps en temps sur son épaule, ses bras ou ses mains. Chaque fois qu'elle touchait le sol de sa baguette, des fleurs et des herbes tendres en sortaient. Le prince était muet d'admiration.
- Viens te joindre à nous, lui dit-elle en lui tendant une coupe pleine de fruits, et n'effraie pas les oiseaux, ce sont mes amis. J'ai visité cette nuit le vieil homme de la forêt, je sais que tu es venu combattre le dragon.
- Tu es sûrement une grande magicienne, dit le jeune homme, aide-moi à le vaincre.
- Je ne peux pas t'accompagner, répondit la dame, je n'ai aucun pouvoir contre le dragon. Je ne suis pas une magicienne mais la bonne fée des songes, je n'apparais que dans les rêves et le dragon ne rêve jamais. Seul un homme peut vaincre le dragon qui a fait le malheur des deux royaumes.
- Alors j'irai seul, décida le prince, promets-moi seulement de prendre soin de Grigri et de mon cheval, je veux qu'ils restent près de toi, cette aventure est trop dangereuse pour eux.
- J'accepte, répondit la fée, et je te donne en échange cette clef. Elle ouvre la porte du passage secret qui même en haut de la montagne. Si tu trouves ce passage souterrain, le dragon ne te verra pas arriver, alors, avec ton épée, tu pourras lui couper la tête.
Ses amis pleuraient de le voir partir seul, mais le prince attacha la clef à sa ceinture et prit le chemin qui menait à la montagne. Tout en haut, il voyait de temps en temps sortir une grosse fumée noire qui retombait des deux côtés de la montagne. Tout ce qu'elle touchait devenait malade : les herbes séchaient, les fleurs se fanaient, les arbres perdaient leurs fruits ; il n'y avait pas d'animaux, ils avaient tous fui.
Soudain, le prince entendit un léger murmure. Ce n'était presque rien, comme le bruissement d'une petite brise au loin. Il escalada quelques rochers et le murmure devint comme le chant d'une source qui jaillit toute fraîche de la terre. Il monta encore. Il n'y avait pas de source mais un saule pleureur qui cachait un gros rocher, et sous ce rocher, il y avait une petite porte.
Le prince essaya sa clef et la porte s'ouvrit. Il suivit le couloir qui s'enfonçait sous terre. Le chant devenait de plus en plus proche et de plus en plus beau. Le couloir était maintenant escarpé, des milliers de pierres précieuses, incrustées dans le sol et sur les murs, éclairaient tout sur le passage du jeune homme. Mais il faisait très froid. Soudain, il arriva dans une vaste salle plus éclairée encore. Devant lui se dressa un chien énorme et menaçant :
- Tout homme qui s'approche de mon maître, le dragon, doit mourir, aboya le chien.
Et il se jeta la gueule grande ouverte sur le prince. Mais celui-ci plaça la clef, qu'il avait gardée à la main, en travers de la gueule du chien et tandis que celui-ci hurlait de douleur, il l'acheva en lui coupant la tête. Alors, le jeune homme vit la plus belle jeune fille qu'il eut jamais vu. C'était elle qui chantait. Elle était enfermée dans une cage dorée tout au fond de la pièce. Elle avait la taille fine et élancée, de longs cheveux blonds, et de grand yeux brillant comme les étoiles du ciel.
- Délivre-moi, le supplia-t-elle ; depuis mon enfance, le dragon me tient prisonnière ici. Les vaillants chevaliers du royaume de mon père n'osent pas l'attaquer car il leur a promis qu'il me dévorerait aussitôt s'il en voyait un seul s'approcher de sa montagne.
Essayons la clef, se dit le jeune homme. Et la cage s'ouvrit.
Maintenant, montre-moi le chemin qui mène au dragon.
Ils prirent de nombreux couloirs qui étaient de plus en plus abrupts. Ils montèrent et montèrent.
- C'est là, dit tout à coup la princesse, si tu escalades ce dernier rocher, tu arrives au sommet de la montagne. Là, le dragon surveille les deux royaumes. Prends garde, s'il souffle de ses narines, la fumée qui tombera sur toi te rendra faible et malade. S'il crache le feu de sa gueule, tu seras réduit en cendre.
Le prince grimpa sur le rocher et surveilla le dragon, il mit aussi deux gros cailloux dans ses poches. Quand le dragon lui tourna bien le dos, il sauta sur sa tête, à califourchon entre ses oreilles, il lui enfonça d'un seul coup les deux cailloux dans les narines. Le monstre voulut cracher sa fumée et il se mit à tousser car toute la fumée remontait dans sa gorge. Alors, il voulut cracher son feu mais la flamme tomba au bord de la forêt, à côté de Grigri et du cheval du prince. Voyant son maître en danger, la souris grimpa sur le cheval et le lança au galop sur la montagne. Le dragon crachait toujours son feu en l'air, de plus en plus fort. Le prince avait chaud mais il pensait à ses amis, s'ils s'approchent, ils vont mourir, se disait-il. Le dragon, voyant qu'une souris osait lancer une attaque contre lui se mit à rire si fort que le prince glissa des oreilles vers le crâne, et du crâne vers le cou. Au passage, il frappa trois fois, avec le tranchant de son épée, la gorge du dragon qui s'écroula. Le jeune homme pour ne pas être écrasé se raccrocha à une grosse écaille que le dragon avait en haut du cou. Le dragon était mort.
- Notre malheur est terminé, dit la princesse.
Le prince la mit sur son cheval, derrière lui, et remit Grigri dans sa poche. Ils descendirent la montagne en chantant gaiement. Le père de la princesse et les chevaliers montaient. Ayant vu les flammes, ils craignaient qu'il ne fût arrivé malheur à la princesse. Quand le roi la vit saine et sauve, il ne put retenir sa joie, c'était son unique enfant :
- Quoi qu'il demande, je donnerai tout à son sauveur, dit-il.
Alors, le prince se présenta et demanda la jeune princesse en mariage. Le roi la lui donna de bon cœur, il lui offrit également toutes les pierres précieuses du royaume que le dragon avait volées.
Ils firent une grande fête qui dura plusieurs jours, mais le prince devait rentrer chez lui, avec sa princesse.
Le roi qui ne pouvait rêver plus vaillant successeur lui dit : " A bientôt, je me fais vieux, je ne voudrais nul autre roi que toi pour mon royaume. "
Le prince promit de revenir bien vite mais il devait auparavant ramener le bonheur et l'abondance au royaume de son père où l'attendait aussi une grande fête.
      
| Marie Ieropoli |
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